Nadja – André Breton

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Il est des histoires d’amour qui passent sur nous aussi silencieusement que ces actualités dont l’horreur ne sait plus nous heurter et nous endormissent. Nombre de ces romances, quand elles ne nous agacent point par leur puérilité et leur naïveté, nous indiffèrent formidablement. Il n’en est rien, j’ai été contrainte d’en convenir, de Nadja d’André BRETON.

 

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Car voilà, qu’il s’agisse du décor, romantique à souhait ; qu’il s’agisse des personnages, aux caractères éblouissants ; qu’il s’agisse de la promenade tranquille au sein du cœur d’un BRETON qui se confond splendidement avec le narrateur ; ou qu’il s’agisse de cet amour des mots que cultive l’auteur en adéquation avec l’amour qu’il narre ; tout m’émeut, tout me touche, tout me marque d’une trace indélébile : celle de l’émotion.

 

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Et si on peut écorcher BRETON pour l’originalité lacunaire dont il a peut-être fait preuve dans le choix du cadre de l’amourette contée, je persiste à croire qu’il n’est de plus belle ville pour vivre une aventure que Paris. Et cela est démontré avec placidité tout au long de l’œuvre car je rejoins en ce sens la vision de BRETON, qui décrit la ville comme ce mariage – et quoi de mieux qu’un grand bourg né d’un mariage pour enfanter d’une histoire d’amour – entre la bohème romantique que perçoit BRETON dans les flaques d’eau sales, les talons qui frappent le pavé parisien, les nuages gris et la pluie mélancolique ; et le chic du Paris bourgeois, éclairé par les lampadaires ouvragés et les fers forgés.

 

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Et lorsque sa plume devient son regard, il me semble frémir au contact de l’atmosphère palpable, car tandis que BAUDELAIRE écrivait avec grande pertinence « L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient » je crois voir épinglés tous ces sentiments en fuite sur le papier, le pris-sur-le-vif de BRETON est émouvant en ce sens qu’il s’impose, plus fort encore que le temps.

 

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Aussi, j’ai encore en moi le souvenir exact du souvenir lui-même intact de BRETON. Celui-ci décrivant cet instant insaisissable et qu’il sait pourtant fort bien saisir, où l’un de ses amis poètes lance à la lueur d’une bougie ses vers sur le papier. Encore une fois, il est inutile à notre auteur de décrire l’indescriptible par de longs alignements de mots dressés les uns contre les autres et presque inertes, il lui suffit de deux mots plutôt : « équation poétique », expression jetée sur la feuille et qui n’aurait mieux su toucher l’instant. C’est en ces cas que mon émotion atteint des sommets qui me semblaient infranchissables. Aussi, en nommant ce moment avec tant de justesse, il me le fit ressentir avec un réalisme quasi surnaturel. Là tout l’art de l’auteur qui manie sublimement les mots, avec une exactitude pointilleuse, qui touche avec précision nos sens, affute avec raison nos sentiments.

 

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Comment décrire encore  le bonheur de cette musique des mots employés par BRETON pour décrire la bien-aimée : « débilitante » ; « pernicieuse »… Il n’est même plus nécessaire de s’attacher au sens, de la musique avant tout. Celle-ci nous emballe et c’est de ces sons que s’abreuve notre oreille pour inventer le personnage de Nadja. Une imagination auditive et sensitive peut alors se mettre en place, laissant de l’espace à un personnage dont la beauté de caractère équivaut celle des sonorités qui la décrivent.

 

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Touchantes aussi, la réflexion et les déceptions, que BRETON se passe bien d’embellir. Le livre fait alors acte d’éphémérides d’une relation amoureuse tumultueuse dont il ne saurait dans son écriture perdre une seule seconde. Il est alors tellement plaisant de se perdre dans les méandres de sa pensées et lorsqu’il écrit : « Il se peut que ma vie ne soit qu’une image de ce genre et que je sois condamné à revenir sur mes pas tout en croyant que j’explore, à essayer de connaître ce que je devrais fort bien connaître, à apprendre une faible partie de ce que j’ai oublié », je crois voir ses mots posés sur des pensées que je ne savais jusqu’alors exprimer. En ce sens, mon égocentrisme de lectrice égotique reprend quelques instants le dessus et je m’émeus de partager la pensée de BRETON, comme s’il l’eut transposé pour moi-seule. Cette émotion refleurit quand il note encore au détour d’une élucubration : « La logique, c’est-à-dire la plus haïssable des prisons ». Car enfin, c’est peut-être aussi l’émergence d’un certain cynisme, lequel rassasie mon égoïsme. En effet, et c’est un point de vue, qui, il me semble, n’engage que moi, il n’est de roman touchant sans force qui en émane et de force romanesque sans quelque touche e noirceur, car s’il n’est de réalisme, comment peut-on s’identifier, s’imaginer et par conséquent être affecté ? Et quand BRETON écrit encore « Je sais que si j’étais fou, et depuis quelques jours interné, je profiterai d’une rémission que me laisserait mon délire pour assassiner avec froideur un de ceux, de préférence le médecin, qui me tomberaient sous la main. J’y gagnerai au moins de prendre place, comme les agités, dans un compartiment seul. On me ficherait peut-être la paix » je retrouve une vision finalement optimiste d’un monde pourtant souvent malheureux mais dont toute l’obscurité peut faire l’humour et quand l’humour naît du noir sans pour autant être humour noir, on ne peut qu’être ému de cette fantastique métamorphose.

 

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J’ajouterai également à ce propos la sublimation qui s’opère quand BRETON évoque la tristesse. Il la cite avec une sincérité touchante, une vérité troublante, lorsqu’il concède : « Je savais tout, j’ai tant cherché à lire dans mes ruisseaux de larmes ». La faiblesse d’un homme, quand elle est un aveu aussi juste ne laisse jamais indifférent. BRETON s’affranchit un temps de son surréalisme pour devenir Homme.

 

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Et en conclusion, je n’ose m’éterniser encore d’avantage dans toutes ces élucubrations qui m’accaparent et dénaturent la spontanéité qui se dégage des lignes de cet auteur que j’affectionne tout particulièrement. Il est des romans dont on doit seulement apprécier le contenu, sans trop chercher à l’analyser, la chimie littéraire est si morne parfois et après tout, BRETON lui-même ne disait-il pas « Ne pas alourdir ses souliers du poids de ses pensées ? ».

 

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